
Le vocabulaire et les termes issus de la novlangue, ainsi peut se définir le langage politiquement correct, sont destinés à déformer la réalité par l’utilisation de mots contemporains, détournés de leur sens initial. Par exemple, le mot « social ». Par définition, ce qui est social est collectif et profitable au plus grand nombre. Personne ne peut s’opposer à ce qui est social, c’est le terme fédérateur par excellence. Or, la novlangue lui donne un sens différent, un sens beaucoup moins séduisant, jouant sur la sensation affective du mot afin de faire passer la pilule plus facilement lorsqu’il s’agit d’annoncer publiquement des mesures impopulaires telles que des licenciements collectifs dans une entreprise. On parle alors de « plan social », expression politiquement correcte pour annoncer un programme de licenciements. Or social désignant ce qui améliore les conditions de vie, grâce à la novlangue, un « plan social » ou « plan de sauvegarde de l'emploi » signifie plan d’amélioration par le licenciement. Et dans la foulée, grâce à la novlangue, le licencié qui pointe au chômage profite de la chance inouïe qui lui est offerte de pouvoir « valoriser ses compétences ». On parle aussi de productivité pour désigner les restrictions budgétaires auxquelles est souvent associée la mobilité parallèlement au plan social, mobilité désignant une mutation obligatoire vers un ailleurs pas toujours avantageux. Le mot social prend également un sens très différent lorsqu’il est associé au mot Mouvement, la formule est plus fréquemment employée au pluriel. Il n’est aucunement question de mouvements associatifs mais plutôt de mouvements perturbateurs. Ainsi les « mouvements sociaux », autrement dit les grèves qui secouent la SNCF ne sont pas des actions visant à améliorer les conditions des voyageurs, mais tout le contraire. Il s’agit de manifestations très pénalisantes pour les usagers, fréquemment menées par les « partenaires sociaux », autrement dit les syndicats, qui protestent de façon récurrente dans le but déterminé d’obtenir toujours plus d’avantages. Pas pour en faire profiter les infortunés voyageurs qui, eux, restent bloqués dans les gares, contraints de se déplacer à grands frais par leurs propres moyens s’ils veulent se rendre sur leur lieu de travail. On parle alors de trafic perturbé (c'est à dire arrêté) et de trains retardés (c'est à dire en retard).
Le but de la novlangue est de creuser une distance de plus en plus grande entre langage et réalité en modifiant la perception des choses telles qu’elles sont. Sur le principe qu’il suffit de changer le sens des mots pour modifier ou altérer le concept de ces mots. Noyer la langue française avec des néologismes qui se substituent aux mots habituels rend les gens naïfs et dépendants, de moins en moins aptes à réfléchir et à prendre des distances avec les discours politiques falsifiés et les messages subliminaux bombardés par les médias qui forment les gens et non les informent. Le langage est un pouvoir, celui qui a un vocabulaire de 500 mots ne pense pas de la même façon que celui qui a un vocabulaire de 5000 mots. Quand les mots disparaissent, ils disparaissent de notre mémoire et, peu à peu, on finit par ne plus y penser. Il faut asphyxier le pouvoir du langage en invalidant l’amorce même d’idées dissidentes, les critiques de l’État, les contradictions. La novlangue conditionne les foules pour les rendre manipulables, notamment par la télévision, instrument de propagande par excellence. À ce titre, les présentateurs des journaux télévisés sont les plus politiquement corrects de tous les hommes. Pas un mot qui dépasse, tout est propre. Dans leur bouche, la novlangue sonne comme une seconde nature, c’est du prêt-à-parler, du verbiage à faire avaler des couleuvres.
Le terme novlangue, contraction de « nouvelle langue », est apparu pour la première fois en 1949, dans un roman prophétique, intitulé 1984, écrit par l’auteur anglais George Orwell. Pour comprendre la manière dont fonctionne la novlangue, voici un extrait de l’excellent livre 1984. Syme, employé au Service des Recherches et travaillant à l’élaboration du dictionnaire de novlangue, en expose les grandes lignes à son ami Winston : Nous détruisons chaque jour des mots, des vingtaines de mots, des centaines de mots. Nous taillons le langage jusqu’à l’os. C’est dans les verbes et adjectifs qu’il y a le plus de déchets, mais il y a des centaines de noms dont on peut aussi se débarrasser. Pas seulement les synonymes, il y a aussi les antonymes. Après tout, quelle raison d’exister y a-t-il pour un mot qui n’est que le contraire d’un autre ? Les mots portent en eux-mêmes leur contraire. Prenez « bon », par exemple. Si vous avez un mot comme « bon » quelle nécessité y a-t-il à avoir un mot comme « mauvais » ? « Inbon » sera tout aussi bien, mieux même, parce qu’il est l’opposé exact de bon, ce que n’est pas l’autre mot. Et si l’on désire un mot plus fort que « bon », quel sens y a-t-il à avoir toute une chaîne de mots vagues et inutiles comme « excellent », « splendide » et tout le reste ? « Plusbon » englobe le sens de tous ces mots, et, si l’on veut un mot encore plus fort, il y a « doubleplusbon ». Dans la version définitive du novlangue, il n’y aura plus rien d’autre. En résumé, la notion complète du bon et du mauvais sera couverte par six mots seulement, en réalité un seul mot. Le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée. À la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. Tous les concepts nécessaires seront exprimés chacun exactement par un seul mot dont le sens sera délimité. Toutes les significations subsidiaires seront supprimées et oubliées.
Le vocabulaire subversif de la novlangue, véritable offensive sur le langage, est développé par une caste d’académiciens libéraux à la solde des grands patrons de l’industrie, elle a pour nom la Société du Mont Pèlerin. Cette société de pensée internationale (essentiellement européenne et américaine), à mi-chemin entre société secrète et franc-maçonnerie, est composée d’économistes, d’hommes politiques, de juristes, de philosophes, et d’historiens favorables au libéralisme et à l'économie de marché. Ils se réunissent plusieurs fois par an sur le Mont Pèlerin, en Suisse. Les thèmes qu’ils abordent sont toujours les mêmes, à savoir la réduction des coûts et de l’endettement des pays, la baisse des services publics, les marchés financiers et les actions sur le langage qui passent par le lavage de cerveau et la rééducation des masses. Ils font part de leurs réflexions et de leurs conseils aux puissants de ce monde pour que ceux qui détiennent le pouvoir puissent coordonner leurs efforts et mener des offensives politiques. La langue française est corrompue par les libéraux devenus dominants, ils ont le pouvoir de faire disparaître les mots qui permettent de critiquer le capitalisme. Plus de mots, plus de critique. Plus de critique, plus de révolte. L’insurrection des ouvriers est tuée dans l’œuf, eux-mêmes voient leur statut s’éteindre puisque le mot ouvrier disparaît.
La novlangue, c'est quoi ?A travers cette vidéo, le colonel Régis Chamagne, ancien pilote de l'armée de l'air, décortique le sens caché de la novlangue employée par les professionnels de la communication, par les politiques, par les médias. « Le premier combat à mener, dit-il, c'est le combat pour la langue, pour le sens des mots. Employer les mots justes pour dire ce qu'on pense et ne pas se laisser intimider par le politiquement correct. »
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Crédit images : wallonica.org - floreffeentransition.be (journal Marianne)