

Comme peut le laisser supposer le titre, cet article ne fait en aucun cas le procès de Facebook*. Avec le téléphone mobile, voici deux merveilleux outils de partage et d’échange. Si ces outils de communication ont bouleversé le quotidien, leur utilisation est devenue au fil du temps plus que critique. Facebook a pour principal objet la diffusion de photos et de vidéos des bons (et mauvais) moments de la vie à la manière d’un journal, ainsi que le partage de tout un tas de choses, drôles ou pas, glanées sur la toile. Facebook est un vecteur essentiel d'information pour la presse, les mairies, les administrations, les associations, etc. Pour beaucoup d’utilisateurs, pour ne pas dire la totalité, ce réseau social très populaire a fini par se substituer à toutes les autres formes et supports de communication. On ne se téléphone plus, on ne s’écrit plus, ni courrier, ni e-mails, tout passe par Facebook. Intégralement. Que ce soit les vœux du Nouvel An, les anniversaires, les décès, les naissances... adieu les faireparts, Facebook ratisse tout, de façon collégiale.
Tous les événements marquants sont soumis à l’aspirateur Facebook, sans distinction, sans mesure, sans vergogne, sans scrupules, sans intimité. Facebook fait de la majorité de ses adeptes, principalement la jeune génération, des disciples dépendants.
Il n’y a pas si longtemps, pour présenter ses vœux, on écrivait une jolie carte qu’on glissait dans une enveloppe, qu’on timbrait et qu’on postait. Ces gestes appartiennent désormais à la préhistoire, Facebook favorisant la paresse intellectuelle. Non seulement on ne s’envoie plus de carte mais on ne se téléphone pas davantage et on rédige encore moins un e-mail en respectant la forme (majuscules, ponctuation…). Fini tout ça. On se contente désormais d’écrire « Belle année à tous » sur sa page Facebook estimant avoir présenté ses vœux à l’ensemble de ses amis et connaissances.
La messagerie de Facebook est devenue le moyen de correspondance exclusif dont personne ne parvient semble-t-il à se passer. Or, Messenger est une passoire, un redoutable foyer à virus. C’est la pire messagerie du web, truffée de mouchards, même le KBG ne dispose pas d’indicateurs aussi efficaces. On reproche à Facebook de collecter des informations personnelles sur ses utilisateurs, le comparant à Big Brother, le personnage emblématique de George Orwell. Facebook aurait tort de ne pas se servir de sa formidable machine à soutirer dès l’instant où ses adeptes sont disposés à fournir volontiers tous les renseignements personnels demandés. Sous des dehors ludiques, la machine fonctionne à merveille. Mieux que ça, elle rend ses utilisateurs dépendants corps et âme.
Le comportement des utilisateurs de Facebook est parfois consternant. D’abord à travers l’indifférence aux publications essentielles, par exemple, une vidéo qui démontre l’authenticité du moteur à eau est ignorée alors qu’elle devrait battre des records de partages. En revanche, la vidéo de mémé qui se casse la gueule en dansant la macarena sera vue et partagée des millions de fois. Ensuite par la prudence excessive interdisant de « liker », et donc de cautionner aux yeux de ses amis ce qui pourrait nuire à leur image, comme c'est le cas lorsqu'un facebookeur lance un coup de gueule contre la chasse, la corrida ou tout autre acte préjudiciable, jamais il n'est suivi sur ce terrain, ou si peu. Sur Facebook, il convient de ne pas s’exprimer librement ni de s’énerver, encore moins d'écrire des gros mots, c’est paaas bien, ce n’est pas politiquement correct, sinon vos amis vous déconsidèrent et finissent par vous tourner le dos définitivement.
Le trophée de la désolation revient à la futilité des partages tels que les devinettes proches du niveau zéro, formulées de façon puérile, dans une orthographe déplorable, par exemple : « trouve un prénon comansant par A » ou encore « si tu devine ou ai le caré dan le décin té un jéni », sans oublier les platitudes infantiles qui se terminent par « partaje si té dacore ».
Différents profils caractérisent les Facebookeurs (le masculin est utilisé par commodité, n’en déplaise aux féministes). Il y a l’entreprise, l’association, l’organisme qui publie une information publique et pour qui ce réseau social est un support indispensable. Il y a l’artiste, l’organisateur de spectacles qui annonce un événement marquant. Il y a l’utilisateur sympathique et enthousiaste qui publie les images de son périple en montagne, en mer ou ailleurs, les photos d’un concert ou la présentation de sa nouvelle création artistique. Il y a l’utilisateur qui a fait de Facebook sa seule raison d’être, il y passe sa vie, du lever au coucher, y dévoilant jusqu’au moindre de ses faits et gestes, lui, il est transparent, sa vie est un livre ouvert, en cherchant bien sur sa page on trouvera certainement une photo de son dernier caca. Il y a le narcissique, ego hypertrophié qui ne publie que des photos de lui, des selfies à gogo avec n'importe qui, l'essentiel étant qu'on le voie lui, d'abord, l'artiste ou la personnalité à ses côtés n'étant qu'un faire-valoir. Il y a le pyromane latent, dès que ça fume quelque part, il brandit son smartphone, la simple vision de fumée déclenche en lui le réflexe Facebook, qu'importent les animaux brûlés vifs et les arbres détruits à jamais, il s'en moque, l'essentiel est de publier des images du « bel » incendie ravageur. Il y a l'assoiffé de sensationnel, il diffuse des « réels » (nom donné par Facebook pour désigner les vidéos verticales) aux titres racoleurs du style « on sonne, il ouvre, vous allez être choqué » ou encore « supprimez cette application de toute urgence ». Il y a le naïf qui prend pour authentiques les photos trompeuses générées par intelligence artificielle postées par des menteurs sans importance, des fakes qu'il commente avec un enthousiame révélateur d'une crédulité immature. Il y a l’utilisateur qui ne publie jamais rien venant de lui, ni photo ni commentaire, rien d’autre que des partages, déplorant peut-être de ne pas recevoir d’adhésion de ses « amis » pour employer la métaphore de Facebook, amis qui ne sont en majorité que de simples contacts. Sur Facebook, avoir beaucoup d'amis, c'est comme avoir beaucoup d'argent au Monopoly. Il y a l’espion, aux publications inexistantes, au profil opaque, il envoie des invitations à tout-va pour embobiner celui qui a la mauvaise idée d’accepter, il se dissimule derrière un pseudo et une photo sexy (fausse bien sûr), il a ouvert un compte sur Facebook uniquement pour s’infiltrer et inspecter les listes d’amis et éventuellement pour vous soutirer de l'argent par tous les moyens. Et puis… il y a l’exécrable, le médiocre, le pire de tous, le hacker. Ce nuisible n’a qu’un seul objectif, pirater le compte de l’inconscient qui a cliqué sur un lien véreux dans Messenger et lui a ainsi ouvert la porte.
Facebook, c'est une plateforme où il est préférable de ne pas ajouter ses véritables amis à sa liste d'« amis » au risque de les perdre à jamais, car, comme le contenu du réseau et l'ensemble de ses publications, ils seront devenus superficiels. Facebook dénature tout ce qu'il touche. Facebook favorise la médiocrité. A trop en abuser, Facebook détruit le véritable lien social, celui du contact réel et fraternel, comme autrefois dans les bistrots de village, un comble pour un réseau qui se vante d'en être le symbole.
* Facebook a été créé en 2004 par un étudiant de l'université Harvard, Mark Zuckerberg. Le nom vient de la traduction de trombinoscope (faces book). C'est le troisième site web le plus visité au monde après Google et YouTube. Il y a plus de deux milliards de Facebookeurs sur Terre.