

Extrait du livre
Jules-Butte avait grand besoin de changer d’air, si possible loin de Paris. Ses tribulations dans la capitale se soldaient par de cuisantes déconfitures, il se prenait râteau sur râteau. A son ordinateur, il consultait un site de voyages. Les photos des paysages le charmaient, il jeta son dévolu sur la Corse, réserva avion et chambre d’hôtes. Quelques jours plus tard, son avion décollait pour Bastia.
Arrivé à l’aéroport, il se dirigea vers un distributeur automatique de boissons. Il glissa une pièce dans la fente. Une boite tomba. Il la prit, la posa par terre, tira à nouveau une pièce de son porte-monnaie et la glissa dans la fente du distributeur. Il appuya sur un numéro, une autre boite tomba. Il la prit et, comme la précédente, la posa par terre, à côté d’une dizaine d’autres boites-boissons. Il recommença, et toujours, les boites tombaient et rejoignaient les autres sur le carrelage javellisé du hall. Derrière lui, un type s’impatientait.
― Dis, petit, t’en as encore pour longtemps ? Tu as l’intention de vider l’appareil ou quoi ? Oh ! J’ai soif, moi aussi, p’tain !
― Mais sais-tu te taire ! Tant que je gagne, je joue.
Après lui avoir expliqué que le distributeur de boissons n’avait rien à voir avec une machine à sous, le Corse put enfin se désaltérer.
Jules-Butte loua une voiture. Direction les profondeurs de l’île de beauté qui avait pour lui un parfum d’île mystérieuse. Dans l’immédiat, il mit le cap sur le village de Zavépavumirza, là où se trouvait la chambre d’hôtes.
Impatient de faire la connaissance d’Arlette, son hôte, Jules-Butte conduisait une petite Peugeot sur une route sinueuse de Corse comme il en existait beaucoup sur l’île. Autour de lui, le paysage déployait des crêtes anguleuses, une végétation dense et parfumée, quelques maisons isolées, faites de la même pierre que le décor, plantées çà et là sur des promontoires rocheux, comme des bastions impénétrables. Horizons sauvages sous un ciel tourmenté qui appelaient à l’aventure.
Tandis qu’il roulait fenêtre ouverte, coude à la portière, il remarqua une silhouette à quelques centaines de mètres devant lui. Un randonneur sans doute, pensa-t-il, ils étaient nombreux à arpenter les sentiers alentour.
À mesure qu’il s’approchait, prudemment, il ralentit. Il s’agissait d’un paysan, du moins le considérait-il comme tel. L’autochtone, immobile, le visage en partie masqué par le bord de son chapeau, regardait dans sa direction, droit comme un piquet au milieu de la route, lui barrant le passage. Un détail l’inquiétait, il tenait fermement un fusil. Il pensait avoir affaire à un chasseur. Il s’arrêta. L’homme, figé, ne bronchait pas. Jules-Butte pencha la tête par la portière.
― Bonjour monsieur, un problème ?
― (Pas de réponse)
― Monsieur ! Vous sauriez me laisser passer, s’il vous plait ? Oh oh ! Monsieur !
― (Pas de réponse)
― Qu’est-ce qui se passe, une fois ! Je saurais rester planté là combien de temps ?
― (Pas de réponse)
Jules-Butte descendit de sa voiture, s’avança vers le type qui tenait fermement son fusil. Il réitéra ses questions, monta le ton, agacé, puis remonta dans son véhicule en maugréant.
― Tant pis pour vous ! J’avance, vous saurez finir par vous pousser !
― STOP ! s’écria l’autre qui le mit en joue.
― Oh là ! On se calme ! Baissez votre arme s’il vous plait. Ça va pas la tête ?
― Tu bouges, t’es mort.
― Qu’est-ce que vous voulez ?
― Je suis Tonio, le Corse. Et toi, qui tu es ?
― Qu’est-ce que ça sait vous faire qui je suis ?
― Ton nom !
― Je m’appelle Jules-Butte.
― Je vais te dire… petit… tu vas te faire plaisir.
― Je ne sais comprendre ce que vous disez… ça est quoi me faire plaisir ?
― Y comprend pas… Fais-toi plaisir. De suite. Tu tombes le short, tu sors ton petit oiseau et tu t’astiques !
― Saperlipopette ! Vous voulez que je me tripote la biloute comme ça, en vadrouille ? Vous sauriez être maboule, une fois ! Allez hein, je m’en vais !
― (Le Corse tira un coup de fusil en l’air) STOP !
― Non mais t’es fou ! Faut te faire soigner, fieux !
― Je suis pas fou justement. Alors, petit, tu t’astiques ou je te plombe.
― Mais enfin monsieur, pour se machiner, il faut être en condition, ça ne se commande pas. Et ce n’est certainement en me braquant que ça va me faire bandocher, une fois ! Plutôt le contraire.
― Ou c’est ton machin qui décharge, ou c’est mon fusil. T’as trois secondes. Une… deux…
― Ça va ! Ça est bon. Mais tournez-vous, un minimum de pudeur tout de même.
― Pour que tu prennes la tangente pendant que j’ai le dos tourné ? Tu me prends pour un charlot, dis ?
Le pauvre touriste s’exécuta, au bord d’une petite route de montagne, sous le regard d’un terrien voyeur qui pointait le canon de son fusil sur lui. À grand-peine, avec amertume, il parvint à ses fins mais le plaisir n’y était pas. La situation n’était plus honteuse, elle était rocambolesque. La chose faite, il se rhabilla mais le Corse ne baissait pas son arme.
― Voilà ! Vous êtes content, espèce de taré ? Je saurais partir maintenant ?
― Pas de suite, petit… attends… recommence !
― Pardon ?
― C’est vrai que la masturbation, ça rend sourd. Recommence je te dis !
― Me pogner deux fois de suite ? Mais même quand je suis en forme, je n’y arrive pas.
― Bé tu vas y arriver, je te le dis. Allez ! Zou !
― Je ne saurais savoir où vous voulez en venir mais moi, je veux juste aller à ma chambre d’hôtes, vous sauriez comprendre…
― Oooh… qué cagade pour une petite goutte ! Allez… fais pas ta chochotte. Envoie la purée !
― Pfff… C’est bien parce que vous me menacez, gémit l’infortuné touriste au bord des larmes. Je vais essayer.
À nouveau, il s’adonna à la manipulation pénienne sous l’œil vigilant du bourreau. Il lui fallut de longues minutes avant, qu’une nouvelle fois, la chose aboutisse, plus pénible que la précédente, presque douloureuse. Mais le Corse ne baissait toujours pas son fusil et continuait à le mettre en joue. Jules-Butte était exténué.
― Voilà ! Les sacoches sont vides, une fois ! Y’a plus rien, bésef, nada, que dalle, plus une goutte ! Ça va, comme ça ? Vous êtes content ?
― Naaan… Pas tout à fait…
― Mais quoi encore, vindjeu ! Vous voulez peut-être que je vous taille une pipe maintenant ?
― Espèce de dégueulasse, pour qui tu me prends ? Nan nan… tu recommences.
― QUOIII ?
― T’as très bien compris. Tu te pognes encore une petite troisième fois et je te laisse partir.
― Je n’en puis plus. Je suis complètement séché. J’ai le chibre comme un pop-corn et les couilles comme des sachets de thé.
― Écoute, petit, on va pas y passer la matinée. Tu t’astiques ou je te plombe, y’a pas trente-six solutions.
― Mais y’a plus rieeen, cré vindjeu ! Tout ce que je vais arriver à faire, c’est me démettre le poignet comme tantôt à cause d’une fille qui m’a posé un lapin. Cela suffit, hein ! Je m’en remets à peine.
― Je m’impatiente… Et quand je m’impatiente, je deviens dangereux. Alors dépêche…
― Mais où je suis tombé moi ? Ah je m’en souviendrai de la Corse ! Fin de l'extrait